Le partage et l’enfant

Deux enfants jouent chez leur nounou. Louis qui est arrivé le premier a tout de suite sauté sur le camion de pompier rouge. Daphné en arrivant voit le camion et veut le prendre mais Louis ne veut pas lui prêter. Les deux enfants veulent l’objets et tirent dessus en criant.
Cette situation vous est familière ? C’est normal le partage est une notion que l’enfant n’acquiert que vers 5 ans.
Avant c’est à nous parents et adultes de les initier au partage.
Ce n’est pas une tâche facile, c’est pourquoi en reprenant les idées d’Isabelle Filliozat et à travers des exemples concrets je vais vous donner des pistes pour mieux gérer ces situations à l’avenir.

Le partage, une confiance accordée

Prêter ses affaires à quelqu’un n’est pas un acte anodin mais une marque de confiance. Car pour avoir envie de prêter, l’autre personne doit nous faire sentir qu’elle les respectera, nous devons savoir au fond de nous-même qu’elles nous seront rendues en bon état et pas toutes cassées. C’est pour cela que partager ne s’impose pas, cela se choisit.
Le partage est une question de confiance.

Le partage avant le partage

Le partage tel que nous le connaissons en tant qu’adulte ne commence qu’à partir de 5 ans.
Avant cet âge, il y a plusieurs astuces à utiliser pour préparer notre enfant.

Chacun son tour

Si deux enfants ne peuvent pas jouer en même avec le même jouet, ils peuvent par contre jouer chacun leur tour avec.
Voici une situation typique :

Vos enfants jouent chacun de leur côté : Leo, avec un camion et Gaël avec une voiture. Puis tout à coup Gaël veut lui aussi le camion mais Leo n’a pas fini de jouer avec. Afin de faire comprendre à Gaël qu’il doit attendre son tour, vous pourriez lui expliquer de cette façon :

« Ton frère joue avec le camion et toi tu as très envie également de jouer avec. Tu as envie tout de suite n’est-ce pas ?
Pour l’instant il a encore envie de jouer avec ce camion mais dès qu’il a fini ce sera ton tour
« 

Puis vous prenez (accompagné de votre enfant) une liste et vous notez dessus :

Camion :
– Leo
– Gaël

Lorsque Leo a terminé de jouer, rayez son nom de la liste. Le premier nom non rayé est donc celui a qui est le tour 🙂
Tout naturellement, les enfants viendront voir de temps en temps à qui c’est le tour de jouer avec le camion.

L’échange

Un moyen d’initier le partage est de laisser le choix à l’enfant du jouet à prêter.
Voici par exemple une conversation typique :

– Martin aimerait jouer avec ta poupée Kiki qui est part terre là-bas, est-ce que tu veux bien lui prêter ?
– Non !
– D’accord, tu ne veux pas. Mais tu sais, cela lui ferait vraiment plaisir de jouer avec une de tes poupées. Laquelle pourrais-tu lui prêter ?

Normalement, à ce moment l’enfant devrait de lui-même proposer un jouet qui l’intéresse moins. Comme le choix du jouet lui appartient, il ne se sent pas contraint et cela facilite le partage.

Réguler les pulsions d’un tout petit

Avant 2 ans, un enfant ne sait pas réguler ses émotions. S’il voit un jouet qui lui fait envie il va le prendre même s’il est déjà dans les mains d’un autre enfant. Il ne sait pas encore se dire « Ma sœur joue avec ce jouet, je vais devoir patienter avant de pouvoir jouer avec« . Non, lui il voit il prend.
C’est à nous de lui enseigner à réguler ses pulsions par des jeux.

Un jeu comme « 1, 2, 3, soleil » est tout à fait adapté car c’est une action qui doit se stopper net. Exactement comme ce que devra faire l’enfant. Il voit le jouet qui lui fait très envie et stop!, « je dois demander pour le prendre » ou « je dois attendre mon tour« .
Toutes sortes de jeux où l’enfant fait une action puis l’arrête ou en change sont adaptés pour l’aider à réguler ses pulsions : sauter sur un pied puis en changer à un signal, courir puis s’arrêter…

Gérer le partage

Ne jamais punir, exclure ou culpabiliser l’enfant. Tous ces comportements aggravent la situation.
Si l’enfant s’accroche à ses jouets c’est souvent car il a peur de perdre le contrôle, le pouvoir sur ses jouets. Si vous le forcez à les laisser cela renforcera son manque de confiance.

Au contraire, faites lui prendre conscience que d’autres enfants aimeraient également jouer et inculquez aux enfants à demander avant de prendre un jouet : « Est-ce que tu peux me prêter le petit train quand tu auras fini ?« 

Si vous voyez un enfant (que l’on nommera Margot) qui fonce vers un autre (Jenny) pour lui prendre des mains, arrêtez tout de suite la situation :
– vous : Stop ! Jenny, as-tu fini de jouer avec le circuit ?
– Jenny : Non
– vous : D’accord. Est-ce que quand tu auras fini de jouer avec, Margot pourra l’avoir ?

Comme avec l’échange, l’enfant sent que l’adulte a respecté son droit en ne lui imposant pas de prêter ses jouets. Il les prêtera d’autant plus facilement.

Et si on n’a pas suivi ces conseils dès le début ?

Si jusqu’à présent vous obligiez votre enfant à prêter ses affaires, n’hésitez pas à lui expliquer que vous avez changé.
Dites lui que vous avez compris que vous étiez dans l’erreur et que vous voulez maintenant l’aider à respecter son espace vital et son droit à jouer avec ses affaires. Que c’est lui qui décide s’il veut ou non prêter un jouet et que vous respecterez sa décision.
Les enfants apprécient la franchise. Il ne prêtera pas forcément ses jouets tout de suite mais cela viendra petit à petit. Et surtout ne le forcez plus.

Petit et grand

Il arrive fréquemment lorsque l’on a deux enfants que l’on ait tendance à protéger le petit par rapport au grand (ou la fille par rapport au garçon). On peut forcer le grand à prêter ses affaires au plus petit qui nous semble-t-il est trop faible.

Mais ce n’est pas lui faire un cadeau. En fait en agissant de la sorte on apprend au petit :

  • pour obtenir quelque chose il suffit que tu le prennes
  • tu as le droit de prendre quand tu veux
  • si quelqu’un ne veut pas te prêter quelque chose, appelle un adulte et il le forcera

Cela a également pour conséquence de renforcer l’impression du petit préféré que le grand peut déjà avoir.

 

> Continuer la lecture avec l’article Comment la place dans la fratrie influence le caractère des enfants


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3 comments

  • Blandine

    Jouer à 1,2,3 soleil pour réguler les pulsions des tout-petits et leur apprendre à stopper net une action. J’adore cette idée! Merci!

  • Alexandra

    Article très intéressant. Chez nous, la règle est la même qu’en pédagogie Montessori : « quand on a un jeu, on le garde le temps qu’on veut. Quand on a terminé, il est disponible et la personne qui le prend le garde qu’il lui faut. » Comment réagir lorsque nous sommes au parc, que notre enfant est sur la balançoire et qu’un autre enfant la veut ? avec des parents qui disent : « tu as eu assez la balançoire. Maintenant tu dois la prêter. Chacun son tour ! »

    • Antoine

      En effet, ce n’est pas facile lorsqu’on se trouve avec des gens qui n’ont pas la même vision des choses que nous.
      Dans un cas comme celui-ci je pense que l’on peut expliquer calmement à l’enfant (et aux parents) qui veut la balançoire que notre enfant n’a pas encore fini de jouer avec mais que dès que ce sera le cas il la laissera.

      Il n’y a pas longtemps j’étais au parc avec ma fille et pour monter sur le toboggan il y avait un escalier. Elle grimpait lentement, fascinée par les autres enfants plus âgés. A un moment l’un d’eux la prise dans ses bras en me disant d’un air un peu rebelle, elle ne sait même pas monter toute seule. Un peu vexé et énervé qu’il l’attrape je lui ai tout de même calmement répondu « Si, ne t’inquiète pas pour elle, elle monte à son rythme ». Je pense que si on explique calmement les choses aux enfants ils comprennent.

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